L'histoire de Sun Wukong ne commence pas par un singe, mais par un moine.
Xuanzang est un moine bouddhiste chinois, parti en pélerinage en 629 pour aller chercher des textes bouddhiques en Inde, les sutras, qu'il traduira du sanskrit. Il mettra son récit par écrit dans son rapport du voyage en Occident à l'époque des grands Tang.
Son récit deviendra si célébre qu'il inspirera Wu Cheng'en à écrire la Pérégrination vers l'Ouest, dans laquelle Xuanzang sera renommé Tang Sanzang, traduction de Tripitaka en sanskrit, l'ensemble des textes fondateurs du canon bouddhique.
Lors de son voyage, des monstres veulent sa peau, puisque le dévorer leur conférerait l'immortalité. Ainsi, la Boddhisattiva Guanyin, une divinité bouddhiste de la compassion, lui envoie quatre protecteurs : le dragon Longwang Sanjun, le moine Sha Wujing et le cochon Zhu Baije, dont on reparlera dans un prochain article, ainsi que Sun Wukong.
Sun Wukong est lui-même inspiré du singe doré, endémique des forêts montagneuses chinoises, à l'instar du panda géant.
Né d'un rocher frappé par la foudre, le futur roi des singes dont le nom signifie "Conscient de la Vacuité", de la mort, donc, apprendra à se servir d'un nuage pour voler, le jindou yun, et, consterné par l'idée de mourir un jour, apprendra également l'immortalité grâce au maître taoïste Putizushi.
Alors qu'il vainc de justesse le démon Hunhi Mowang, il décide de devenir plus fort et part voler un pilier du royaume des mers de l'est où réside le roi-dragon Ao Guang. Le trouvant trop grand pour lui, il le réduit pour lui donner la taille d'un bâton, le Jingu Bang.
Seulement, même si le ridicule ne tue pas, Sun Wukong ne veut tellement pas mourir qu'il devient immortel quatre fois de plus : il raye son nom du Registre des Vivants et des Morts, consomme les Pêches d'Immortalité, puis le Vin d'Immortalité, puis les Pilules d'Immortalité de Lao Tseu, tout trois réservés aux dieux, tandis que les flammes de son bûcher d'exécution, ordonné par la Cour Céleste après qu'il ait vandalisé leur palais, brûle ses dernière impuretés mortelles. Il a également mangé des racines de ginseng, censés rallonger la vie.
On peut difficilement faire meilleure assurance vie.
C'est donc en guise de punition qu'il est chargé d'escorter Tang Sanzang. Si il ne s'assagit pas, il parvient tout de même à atteindre la bouddhéité, gagnant cette fois une place plus officielle parmi les immortels ( 27 000 ans lui furent nécessaires, quand même ).
Sun Wukong n'est pas le protagoniste de Black Myth Wukong du studio chinois Game Science qui devint le jeu chinois le plus vendu au monde, mais on y incarne le Prédestiné un jeune singe qui cherchera à le libérer de la prison de pierre dans laquelle il a été emprisonné par Bouddha, après avoir défié l'Empereur de Jade, en récoltant les reliques dans lesquelles son pouvoir a été scellé.
J'imagine que jouer Sun Wukong aurait un peu nuit à la difficulté du jeu.
Dans le jeu Smite, Sun Wukong peut se transformer en divers animaux, tout comme dans le mythe, où il connaît 72 transformations différentes. Cependant, il conserve toujours sa queue dorée, d'où son design qui n'a de singe que la queue et la tête.
Tout comme Sun Wukong, Gokuwumon, digivolution de Hanumon, possède un bandeau doré qui lui compressera la tête si il se montre trop insolent, rappelant la punition de Gunyin.
Dans League of Legends, Wukong est un Vastaya, une lignée de métamorphes qui ont autrefois fusionnés avec les esprits de la nature. Facétieux, il fut exilé de sa tribu à cause de ses trop nombreuses farces? Il fut receuilli par le moine Yi qui lui apprit l'art martial antique du Wuju, et combat l'armée de l'empire de Noxus ( dirigé par Ambessa, si vous vous rappelez d'Arcane ), pour protéger Ionia.
Le Pokémon Simiabraz ne possède aucun attribut en raccord avec le vent, sans doute parce que cet élément est remplacé par le type Vol dans Pokémon. Cependant, son type Feu peut rappeler le bûcher dans lequel Sun Wukong a été jeté. Son style de combat rappelle le Hou Quan, un art martial censé imiter les mouvements du singe.
Dans le roguelike Ravenswatch, Sun Wukong possède une apparence beaucoup plus simiesque, et se sert de ses pieds pour tenir en équilibre sur son bâton, d'où le fait qu'il ne possède jamais de chaussures même dans ses apparitions les plus humanoïdes. Chose intéressante à souligner, si Smite s'inspire de personnages mythologiques, Ravenswatch pioche plutôt dans les contes de fées, avec des personnages comme le Petit Chaperon Rouge, Merlin, Mélusine ou Beowulf.
Le tout premier jeu à inclure Sun Wukong était en fait Sonson, un jeu d'arcade de 1984, où il est accompagné par le cochon Tonton, qui vient de Zhu Baije du livre d'origine.
On peut retrouver le roi-singe dans de nombreux films, sans même parler de ceux de la pérégrination vers l'ouest que je citerais dans un article sur un autre personnage, pour le remplir un peu.
On peut citer le Roi-Singe, sorti sur Netflix en 2018, où il doit vaincre cent démons et apprendre à tempérer son arrogance, ou encore la série de la Légende du Singe-Roi en 2000 par China Central Television. Le roman d'origine étant enseigné à l'école en Chine, il se retrouve couramment protagonistes de productions littéraires et cinématographiques pour la jeunesse.
Dans le manga Naruto de Masashi Kishimoto, Sun Wukong, sous son nom japonais Son Goku, tout comme Kyubi, partie des Biju, possédant cinq queues
C'est cependant avec Dragon Ball d'Akira Toriyama qu'il acquérira une grande popularité. En effet, qu'il s'agisse de son nuage magique, le kinto-un, de son bâton capable de s'étendre à l'infini ou de sa queue de singe typique des Saiyan, Son Goku est directement inspiré de Sun Wukong. On peut également mentionner son ami Oolong, cochon métamorphe directement inspiré de Zhu Baije, tandis que le bandit du désert Yamcha est inspiré de l'ogre des sables Sha Wujing.
De plus, Goku et les autres Sayian peuvent se transformer en gorille lors des nuits de pleine lune, sorte de parodie des loups-garous.
Luffy, protagoniste de One Piece d'Eichiro Oda, s'inspire également de lui. S'il ne possède pas d'attributs simiesques, son patronyme est littéralement Monkey, et ses membres élastiques rappellent les capacités extensibles du bâton. De plus, Sun Wukong est souvent non pas représenté comme un héros mais comme un farceur épris de liberté qui défie le système autoritaire des dieux, et incarne donc à merveille la figure du trickster, des personnages malicieux et chaotiques tel que Renart et Loki. Le singe est d'ailleurs un personnage rusé et farceur dans de nombreuses cultures.
C'est ce qu'incarne Luffy, notamment lors de son combat contre l'empereur Kaido où l'on découvre que son fruit du démon n'est autre que celui du dieu du soleil Nika, rappelant par là Hanuman qui pris le soleil pour un fruit et tenta de le dévorer. Luffy devient le nouveau Joyboy, symbolisant l'héritage du premier pirate et de son désir de liberté, et par là de libération des peuples opprimés tout comme Sun Wukong a pu libérer les autres singes de l'emprise du démon.
De plus, son rire joyeux et naïf rappelle ceux des singes, toujours vus comme farceurs peu importe la culture. Après tout, le but ultime de Sun Wukong et d'autres tricksters est de s'amuser pour l'éternité, tout en tournant en ridicule les figures d'autorité.
Ce que je trouve par contre assez drôle et qui n'est peut-être pas une coincidence, c'est que c'est la navigatrice Nami qui possède un nuage magique nommé Zeus et un bâton capable de contrôler le climat et donc les vents.
Quelle est votre interprétation favorite ?
Si ma théorie sur le prochain Pokémon fabuleux est bonne, le prochain mythe chinois portera sur un certain consomateur de carottes...